Cette semaine, gros coup dans mon petit cœur de beurre: j’ai repris la danse après trois semaines sans y mettre ni un pied voire même les deux, et j’ai redécouvert ce bonheur très particulier de refouler le sol comme si j’avais des ambitions de danseuse étoile, de souffrir avec le gainage comme si c’était un choix de vie, et de constater que ma souplesse est officiellement partie en retraite anticipée avec ma jeunesse. Ajoutez à ça ma face et sa couleur framboise en fin de marché après l’effort, vous savez ce moment où ton visage te dit “c’est à cause de la salle, elle est trop petite” alors que ton corps, lui, sait que c’est lui le problème. Et puis j’ai eu un autre choc émotionnel: ma nièce passe le bac. Le mien, c’était il y a 20 ans. Vingt. Ans. Je ne sais pas si c’est elle qui grandit ou moi qui glisse doucement dans la catégorie “c’était trop bien les années 90”, mais dans tous les cas, j’ai eu un petit moment de vertige. Une larme, pas très glamour, mais très honnête. Je vieillis, apparemment. Comme une framboise oubliée sur l’étal, encore belle de loin, un peu fatiguée de près.
J’aurais pu vous raconter tout ça en détail, et honnêtement on aurait pu passer un bon moment. Surtout avec mon crush totalement non assumé pour ma prof de danse, qui ne connaît de moi que mon pantalon trop large et ma grâce de bigorneau en rééducation. Et quelque part, mon 15/20 au bac de philo aurait même pu servir de prétexte à une nostalgie bien baudelairienne, cette époque où peut être je racontais des choses plus intelligentes qu’aujourd’hui. Mais non.
Parce qu’avant ça, il faut qu’on parle d’un sujet beaucoup plus grave, beaucoup plus universel, et étrangement beaucoup plus bruyant: la fête de la musique. Ce moment magique où tout le monde devient programmateur de festival sans expérience, où chaque rue se transforme en scène improvisée, et où le volume sonore semble parfois ne faire qu’un avec le chaos lui-même. Parce que j’ai beau aimer la musique, je ne suis pas sûre d’avoir signé pour une rave party approximative à 23h17 sous ma fenêtre.
Et pour essayer de comprendre ce grand désordre sonore, je vais changer de point de vue. Je vais explorer ce que les choses auraient à raconter si, pour une fois, on les laissait parler. Et peut-être que la musique, au fond, a des choses assez inattendues à nous dire. Dans ce gros bordel cacophonique, j’ai eu envie d’imaginer ce que la musique dirait si elle pouvait enfin prendre la parole. Pas les artistes. Pas les passants. Juste elle.
Les objets en story: une vraie plongée dans les pensées de ceux qui ne parlent pas et qui pensent parfois plus que nous
D’abord je clarifie les choses: j’aime la fête, j’aime la musique, je DÉTESTE la fête de la musique. Voilà, c’est dit, c’est posé, c’est assumé, et surtout c’est probablement la seule phrase de l’année où je me fais autant d’amis que d’ennemis en une seule respiration. Parce que soyons honnêtes deux secondes sans trembler: c’est peut-être le pire moment de l’année. C’est une soirée qui ressemble de plus en plus a une défaite de la musique où les gens rivalisent de créativité, et parfois de nullité artistique, dans une forme de compétition non officielle mais très engagée. Et pendant ce temps-là, une partie de la population se biture joyeusement jusqu’à des heures que le sommeil refuse d’accepter et ça emmerde tous ceux qui ont le malheur de vouloir avoir une vie normale.
Et c’est là que quelque chose m’a frappée: on parle toujours de la musique ce jour-là, mais on ne l’écoute jamais vraiment. Alors cette année, j’ai eu envie de renverser le truc. Et si, pour une fois, on la laissait parler?
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