Après plusieurs semaines de silence, je suis comme la pluie, me revoilà. L’été est passé, la canicule aussi, j’ai pris un peu de vacances, j’ai appris la polka basque, j’ai écrit un numéro spécial parce que je n’avais pas dit au revoir, et puis j’ai repris le cours de ma vie. Enfin, « repris » est un grand mot. Disons que cette semaine, j’ai commencé un nouveau travail. J’aurais pu vous parler de ça. Vous raconter les premiers jours, les clients, le quartier, les collègues, les petites habitudes que je découvre, les moments où je fais semblant de comprendre l’anglais alors que je ne pipe pas un mot. Bref, j’aurais pu vous faire un vrai épisode sur cette nouvelle aventure et vous dire que je suis aux anges. Naaaan je déconne. Il aura suffit d’un débardeur rose poudré pour venir mettre son grain de sel pour cet épisode de rentrée.
Parce que voila, au bout du deuxième jour, ma responsable adjointe m’a fait remarquer que les débardeurs n’étaient pas autorisés. Et moi, je ne sais pas pourquoi, mais cette phrase m’a immédiatement donné l’impression d’avoir été engagée dans un couvent, et ce n’est pas mes supers copines qui me contrediront.
Il ne manquait plus qu’une petite cloche, trois prières avant l’ouverture et une corbeille en osier pour laisser les pièces de monnaie qui trainent dans ton veston.
Et c’est précisément là que mon cerveau a décidé de faire ce qu’il fait de mieux : partir beaucoup trop loin. Parce qu’au fond, pourquoi le travail est-il rempli de toutes ces petites règles qu’on applique sans même se demander d’où elles viennent ? Pourquoi est-ce qu’on accepte qu’un débardeur soit interdit, qu’une pause se prenne à telle heure, et de souhaiter la bienvenue à chaque péquenot qui entre, simplement parce que « c’est comme ça » ? À quel moment une consigne devient-elle une tradition ? Et à quel moment la tradition devient-elle carrément un dogme ?
Alors forcément, j’ai commencé à regarder le monde du travail avec mes lunettes de mauvaise élève. Et si, finalement, on participait tous à une immense cérémonie dont personne n’avait vraiment lu le programme ? On a nos rites, nos commandements, nos interdits, nos figures d’autorité et même nos petites phrases sacrées qu’on répète avec beaucoup de sérieux, alors qu’au fond, personne ne sait plus très bien qui les a écrites ni pourquoi on continue à les réciter.
Remettons l’église au milieu du village. Bienvenue dans mon couvent du prêt-à-porter.
Posts en brouillon : des réflexions en pause, prêtes à être publiées...ou à rester dans l’ombre
Donc voilà. Tu ne bosses pas pendant presque un an. Tu envoies quelques candidatures. Tu acceptes de rencontrer une responsable de magasin le lendemain d’une éclipse solaire. L’entretien ressemble davantage à un speed dating de L’Amour est dans le pré qu’à un rendez-vous de pré-embauche. Je parle évidemment de coup de foudre, pas de séjour à la ferme. Tu es embauchée sur-le-champ, parce qu’il faut croire que tu as clairement séduit ton interlocutrice. Tu annules ton séjour au bout du monde, comprenez la Bretagne, pour dire une dernière fois au revoir à la mer avant de ne plus la voir de l’année. Au bout de 24 heures tu fais déjà partie du groupe WhatsApp « Tronchet Gang ». Et, le dimanche soir, tu bois une tisane nuit calme pour tenter de dormir tôt, parce que demain, figure-toi, tu dois aller taffer. Tu arrives donc pour vendre des vêtements et, en quelques jours, tu découvres que tes épaules sont potentiellement subversives. Pas dangereuses. Pas indécentes. Pas recherchées par Interpol. Subversives. Elles ont simplement commis le crime d’être visibles dans un débardeur. Un crime presque aussi condamnable que de continuer à porter des ballerines en 2026.
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