J’étais dans le métro, l’autre jour. Il était à peu près 9h, j’allais travailler, et comme souvent dans le métro, je regardais vaguement autour de moi avec cet air pensif de quelqu’un qui fait semblant de réfléchir à des choses profondes alors qu’en réalité je me demandais juste ce que j’allais manger le soir. Les stations défilaient, les gens aussi, certains avec leur café, d’autres déjà collés à leur téléphone, et moi j’étais tranquillement dans ma bulle quand mon regard s’est arrêté sur une affiche Uniqlo. Vous savez, ces affiches qui vous donnent l’impression qu’en achetant trois tee-shirts blancs, vous allez soudainement devenir une personne ultra-stylée.
Cette fois, le slogan disait : « Prêt pour la rentrée et tout le reste. » Et là, je me suis demandé : pardon, mais quel reste ? Parce que la rentrée, normalement, c’est assez simple. On remet un réveil. On arrête de dîner à 21h47. On range ses tongs. On ressort un pantalon relégué au fond du placard depuis juin (le mien s’est fait recaler par ma nouvelle responsable adjointe parce que, visiblement, le vert sauge ne fait pas partie du code de l’élégance). Et, avec un peu de chance, on recommence à se coucher avant minuit. Voilà. Et c’est déjà beaucoup demander.
Mais « tout le reste » ? Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de pire ? Est-ce qu’Uniqlo sait quelque chose que j’ignore ? Est-ce qu’il faut également préparer une valise émotionnelle ? Faire son sac la veille ? Apprendre à nouveau les tables de multiplication ? Parce que moi, personnellement, j’avais prévu de simplement reprendre un travail, et c’est déjà un grand évènement.
Et puis j’ai réalisé ce que la rentrée signifie vraiment. Parce que nous, les adultes, on pense que septembre, c’est juste le moment où on installe notre déco d’automne. Mais non. Septembre, c’est le mois où Internet nous rappelle brutalement que les enfants des autres existent. Et qu’ils ont grandi. Grand bien leur fasse. Moi, j’ai des cheveux blancs et des varices, est-ce que j’en informe la Toile ?! Non.
À partir de la rentrée, nos feeds Instagram, Facebook, LinkedIn, oui, LinkedIn, parce qu’il n’y a apparemment aucune limite à ce que l’on peut transformer en publication professionnelle, et même Snapchat pour ceux qui ont encore la jeunesse nécessaire pour comprendre que Snapchat n’est pas un Dragon Ball Z, vont progressivement se remplir de petits humains que nous ne connaissons mais de loin.
Et pas n’importe comment. Ils vont arriver avec leur cartable neuf, leurs chaussures neuves, leur sourire crispé et leurs parents derrière l’objectif. Parce qu’il existe désormais un rituel auquel personne ne nous a inscrits, mais auquel nous participons tous les ans : la photo de rentrée.
L’enfant est placé devant la porte de l’école, généralement à 8h12, avec parfois une pancarte indiquant son prénom, son âge et surtout la classe dans laquelle il vient d’entrer. « Paul, 7 ans, CE1. » Merci Paul. Information reçue. Puis vient la publication, accompagnée d’une légende du type : « Et voilà, une nouvelle grande étape pour mon loulou.» Et nous, devant notre écran : « Ça me fait une belle jambe Polo »
Alors aujourd’hui, j’avais envie de parler de ce phénomène collectif qui transforme soudainement des centaines de parents en photographes officiels de leurs enfants. Parce qu’à force de voir chaque année le même enfant qui a manifestement grandi de quatre centimètres et perdu deux dents depuis septembre dernier, j’ai quelques remarques. Et surtout, j’ai un TOP 4.
...
