Il existe des moments où la vie vous offre une occasion parfaite de dire au revoir. Un dernier café. Une dernière discussion. Une dernière blague avant de fermer la porte. Et puis il existe les autres départs.
Ceux où vous êtes encore en train d’enlever tout le sucre collé sur votre serviette parce que vous avez rêvé de churros pendant deux jours. Ceux où vous regardez une dernière fois la baie en espérant que le dauphin décide finalement de revenir. Pas juste pour apparaître. Non. Pour faire un salto. Parce qu’après une semaine à attendre sa venue, il aurait quand même pu avoir la délicatesse de conclure le spectacle. Ceux où vous vérifiez l’heure une dernière fois en réalisant que, contrairement à vous, le train a parfaitement compris qu’il devait partir à l’heure.
C’est comme ça que je suis partie de vacances sans avoir eu le temps de dire au revoir à Charlotte.
Ce qui est quand même dommage après une semaine passée à construire des souvenirs. Mais revenir uniquement pour dire au revoir aurait été légèrement excessif. Surtout quand on sait l’énergie déjà dépensée pour réussir à prendre ce fameux train.
J’ai donc fait ce que toute personne raisonnable aurait fait dans cette situation : écrire une newsletter. C’est un peu ma façon de prolonger ces vacances.
Ça faisait longtemps.Tellement longtemps que certains ont probablement pensé que j’avais disparu en imaginant dès tonnes de raisons débiles. Hypothèse numéro 1 : j’étais partie écrire un roman dans une cabane au bord de la mer, comme toute personne qui a trop regardé Love Actually. Hypothèse numéro 2 : j’avais enfin rencontré l’amour de ma vie et j’étais trop occupée à vivre une comédie romantique. Hypothèse numéro 3 : j’étais devenue une personne raisonnable et j’avais décidé d’arrêter d’écrire des théories sur les pique-niques, les moustaches qui transpirent et les gens qui tournent en rond. Hypothèse numéro 4 : j’étais simplement en train d’attendre l’été parfait pour faire mon grand retour.
La vérité est beaucoup moins spectaculaire : j’avais juste besoin de faire une pause.
Mais finalement, cette pause aura eu une conséquence inattendue : elle m’a rappelé une grande vérité sur les vacances. Elles ne servent pas uniquement à se reposer, bronzer ou revenir avec du sable dans des endroits où le sable n’était pas invité. Elles servent aussi à produire des scénarios de films qui ne verront jamais le jour. Parce qu’il existe toujours ce moment, entre deux gâteaux basques et trois fous rires, où quelqu’un prononce la phrase magique : « Attends, mais imagine si on en faisait un film… »
Et soudain, pendant vingt minutes, des adultes parfaitement raisonnables deviennent producteurs, scénaristes et chef de la scéno d’un chef-d’œuvre qui n’aura probablement jamais de bande-annonce.
C’est donc la question que personne ne se pose mais à laquelle je vais quand même répondre aujourd’hui : Pourquoi les vacances produisent-elles toujours un scénario de film qui ne verra jamais le jour ?
Le carrousel des questions : les réponses aux questions que personne ne se pose.
Les vacances ont un pouvoir étrange : elles réussissent à modifier complètement notre échelle de valeurs. Pendant une semaine, des choses qui auraient été jugées absurdes dans la vraie vie deviennent parfaitement normales. Se lever à 6 h 30 pour aller au marché ? Une excellente idée. Dans une vie normale, 6 h 30 est une heure où juste par principe je n’ouvre pas un oeil. En vacances, c’est : « Allez, on va acheter du thon et des tomates plein champ, ça va être sympa. » Effectivement c’est vraiment la belle vie. Jusqu’au jour où le réveil décide qu’il est lui aussi en vacances.
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