Cette semaine, j’aurais pu vous raconter mon samedi après-midi. Parce qu’à 38 ans et deux semaines et demi, j’imagine que normalement on accompagne Léontine à son cours de poney pendant que Théodule refuse de mettre ses chaussures pour la quatorzième fois de la journée. On passe ensuite dans un parc de loisirs aux couleurs agressivement joyeuses avant de rentrer superviser des devoirs sur les fractions et négocier un bain comme s’il s’agissait d’un divorce à l’amiable.
Mais moi, samedi, j’ai fait autre chose. Avec une amie, nous avons customisé un miroir avec du scotch, un cutter et une bombe teintée achetés chez Action après avoir vu une vidéo TikTok qui nous a convaincues que nous étions à deux doigts d’ouvrir notre concept store. Nous avons regardé la finale de Roland-Garros, mangé des Kinder Bueno miniatures en quantité suffisamment importante pour ne plus pouvoir être qualifiée de "miniature" et passé trois heures à prononcer des phrases comme: «nan mais attends, franchement on se débrouille pas mal. » L’auto-complimentation, il n’y a rien de mieux.
Sincèrement, il y avait matière à épisode. On aurait pu rire de nos choix de vie, du fait qu’à notre âge certaines personnes investissent dans la pierre quand nous investissons dans du matos à bas prix.
Mais non.
Parce qu’avant ça, j’ai passé un entretien d’embauche. Un entretien tellement lunaire que pendant plusieurs minutes, je me suis demandé si j’étais à un recrutement ou dans une caméra cachée. Et comme souvent dans les belles histoires modernes, l’aventure s’est terminée par un mail qui pue le ghosting. Vous savez, ces messages qui commencent par vous remercier chaleureusement pour votre intérêt, votre temps, votre énergie, votre motivation, votre engagement, votre passion, votre présence, votre respiration, avant de vous expliquer que tu peux te brosser. La version professionnelle du “nan mais c’est pas toi, c’est moi”. Et tandis que je lisais ce chef-d’œuvre de bullshit, une pensée m’est venue: et si, pour une fois, nous répondions vraiment ce que nous pensons ? Pas ce qu’il est convenable de dire. Pas ce qu’il faut écrire. Pas du politiquement correct. Ce qu’on pense réellement. Alors cette semaine, dans pensées sans filtre, mon espace brut de vérité, je vous présente: «Je vous remercie de l’attention que vous porterez au refus de votre refus. ». Sous-titre: bien cordialement, fuck you.
Pensées sans filtre: mon espace pour laisser jaillir les réflexions sans retouche, comme un instantané brut de vérité.
J'ai donc reçu ce mail.
Un mail de refus parfaitement poli, parfaitement lisse, parfaitement inoffensif. Parfaitement impersonnel surtout. Le genre de message qui a probablement été envoyé à 847 personnes avant moi et qui me donne envie de lancer mon téléphone à travers une baie vitrée.
Commençons.
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