Lundi soir. 21h05. Comme depuis une dizaine d’années, je suis installée devant ma télé pour le troisième épisode de L’Amour est dans le pré, et à ce stade, je ne suis pas une simple spectatrice : je suis une fidèle. Je connais les agriculteurs, leurs prétendants, leurs histoires, leurs petits regards gênés et même les moments où je sais que Karine Le Marchand va intervenir avec cette capacité assez maladroite et poser une question anodine et à faire surgir un traumatisme d’enfance en moins de 30 secondes.
Franchement, je la regarde depuis suffisamment longtemps pour avoir développé une expertise qui ne me sert absolument à rien dans la vie, mais qui me permet de repérer en 3 secondes qu’un homme va tomber amoureux d’une femme parce qu’elle a ri à une blague sur les tracteurs. En revanche, je suis incapable de voir quand quelqu’un me drague. On pourrait penser que ça n’arrive jamais, mais je préfère mettre ça sur le compte de mon incroyable capacité à passer à côté des évidences.
Je connais les codes. Je sais qu’un dîner à la ferme peut être plus romantique qu’un restaurant étoilé, qu’un « tu veux venir voir mes veaux ? » peut constituer une véritable déclaration d’intention et que la frontière entre « je suis venue rencontrer l’amour » et « je vais finalement rester dans le Cantal » est parfois extrêmement mince. Dans la vraie vie, quand un mec te propose de rencontrer ses pieds de tomates au premier rendez-vous, tu appelles tes copines pour leur dire que tu es probablement tombée sur un fétichiste. Dans L’Amour est dans le pré, c’est quasiment une demande en mariage.
Et puis il y a cette chose que j’adore dans l’émission : tout le monde parle d’amour avec chacun ses images et ses mots, Alors forcément, à force d’observer tout ça, j’ai commencé à réfléchir. Pas à l’amour au sens noble. Pas à la grande version pleine d’espoir de Tina Arena, prête à aimer jusqu’à l’impossible. Non. Ça serait trop romantique, et on n’est pas chez les Bisounours ici. Moi, j’ai réfléchi à des questions beaucoup plus importantes.
Pourquoi est-ce qu’on parle d’apprivoiser quelqu’un ? Pourquoi est-ce qu’on a envie de bouffer les gens qu’on aime ? À quel moment une conversation de séduction bascule sur l’état de ta caisse ? Et surtout : qu’est-ce que cette émission essaie de nous apprendre sur l’amour que nous n’avions absolument pas demandé à savoir ?
J’ai donc décidé de mener l’enquête. Mais à ma façon. Bienvenue dans mon étude sociologique de L’Amour est dans le pré. Je précise que je n’ai aucun diplôme pour ça. Mais j’ai regardé 11 saisons sur 15.
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Et comme toute bonne enquêtrice qui se respecte, je me suis basée sur des faits. Les phrases qui vont suivre ont toutes été prononcées dans l’épisode. Sources : mes notes, ma mémoire et un niveau d’attention beaucoup trop sérieux pour une émission de prime time. Même à mon premier jour de taf, je n’ai pris aucune note. On voit où sont mes priorités.
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