1h17 La Newsletter - Épisode 63 : pas besoin d'aller se mettre au vert dans la Creuse. Le XVème existe.

Chronique d’un vendredi presque en terre inconnue. Tout devait se limiter à une exposition et un achat Le Bon Coin. Seize stations plus tard, je découvre un autre monde. Sans passeport et touristes, j'ai vu des personnes sympas, beaucoup de calme, et la politesse en guest star. Comme quoi, on en découvre tous les jours. Je vous raconte tout

1H17
6 min ⋅ 06/03/2026

J’habite dans le Xème arrondissement de Paris. Autrement dit : scooters qui hurlent, terrasses qui débordent sur le trottoir, livreurs à vélo qui surgissent de nulle part et des gens qui discutent très fort, même trop fort, sous mes fenêtres. La biodiversité y est surtout composée de tote bags et de pack de bières.

Et puis j’ai changé de monde. Non je ne participe pas à Koh Lanta, même entourée d’eau turquoise, manger du manioc et dormir dans le sable, même pas en rêve. Je devais aller voir une exposition dans le XVIᵉ arrondissement au Musée Monet-Marmottan. Rien de très exotique sur le papier, c’est pas Giverny non plus. Quelques stations de métro, un dimanche tranquille, un petit plan culturel. Mais une fois sortie du métro La Muette, j’ai compris que je venais de franchir une sorte de frontière invisible que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les rues étaient larges, les décibels impeccables, les arbres alignés comme s’ils avaient passé un entretien d’embauche pour être là. Les poussettes semblaient coûter le prix d’un scooter et les chiens avaient l’air d’avoir un patrimoine immobilier. Même les abris bus dégageaient une forme de sérénité financière.

Avant l’exposition, on s’est posées en terrasse pour manger des pâtisseries. Mais pas la pâtisserie « je prends un flan qui est un véritable étouffe-chrétien ». Non. La pâtisserie chic. Celle qui ressemble à une œuvre d’art minimaliste et qui est posée devant toi comme si tu devais prendre un instant pour réfléchir à sa symbolique avant de la manger. Et malgré le monde, on pouvait s’entendre parler. J’avais oublier que cela pouvait être encore possible.

Et l’aventure ne s’est pas arrêtée là. Deux jours plus tard, je devais récupérer un achat Le Bon Coin dans le XVᵉ arrondissement. Oui je n’ai plus envie d’acheter de livres neufs, c’est une de mes lubie du moment, après la fabrication d’une table basse et faire Paris-Brest à vélo. Là encore, rien d’extraordinaire. Juste un message classique : “Je vous attendrez dans mon hall d’immeuble”. Classique mais flippant même dans le XVème un hall d’immeuble avec un inconnu reste un hall d’immeuble avec un inconnu. Tellement parano la Melo, que j’avais envoyé l’adresse à une amie, et elle devait m’appeler dans les 10 minutes suivant l’heure du rendez vous. Tout ça pour un roman a 5 euros. Résultat des courses je suis encore en vie, et il m’a même tenu la porte en partant. Du coup, j’ai réalisé que même les transactions seconde main n’avaient pas la même mise en scène ici. Il y a quelques années, quand je revendais des billets de train, les rendez-vous se passaient près du Quick de la Gare de l’Est. Le protocole était clair : on se retrouvait près du tabac avec un signe distinctif. Le mien, à l’époque, était un bonnet particulièrement hideux. L’ambiance ressemblait vaguement à un échange clandestin dans un film d’espionnage à petit budget. Mais mardi 15h30 dans le XVᵉ, le script était légèrement différent, et Dieu merci depuis j’ai viré ce bonnet hideux. À ce moment précis, j’ai eu une révélation, j’ai compris que je venais de découvrir une autre vie. La vie rive gauche. Une vie parallèle.

Bref, une aventure banalement extraordinaire. Et évidemment je vous raconte la suite, sinon c’est pas drôle.

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Cette aventure banalement extraordinaire ne s’est pas arrêtée à un hall d’immeuble impeccable et à une pâtisserie conceptuelle, sinon cet épisode n’aurait aucun intérêt. Parce qu’une fois qu’on a compris qu’un autre Paris existait, on commence à regarder les détails. Et là, tout devient fascinant.

J’ai compris que j’étais entrée dans une autre dimension du Paris quand j’ai commencé à voir des pâquerettes. Pas une plante courageuse coincée entre deux mégots comme dans mon quartier. Non. De vraies pâquerettes, tranquilles, installées dans un carré d’herbe propre. L’herbe elle-même avait l’air reposée.

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1H17

Par Mélodie P

À propos de l’auteur de 1H17 …

Je m’appelle Mélodie, j’écris parce que parler toute seule dans la rue n’est socialement pas toujours bien vu. Ancienne (et future) multi-casquette, j’aime explorer les recoins bizarres du quotidien, transformer les petites gênes en grandes révélations, et poser des questions auxquelles personne ne veut vraiment répondre. Une heure 17 est mon terrain de jeu préféré : un endroit où je peux rire de tout (surtout de moi), sans avoir besoin de liker, swiper ou faire un reel.

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