Chronique d’un vendredi en haut de la Tour Eiffel, pas pour admirer les pigeons mais pour en être un. Lundi 21h, annonce de LA Céline, donc ouverture imminente de la billetterie, et moi prête à rafraîchir, prier, attendre. Pour elle, je signe pour tout. J'ai imaginé un site qui déciderait qui mérite vraiment d’y être et ça risque de faire du tri.
Il est 21h, la Tour Eiffel scintille comme si elle savait avant nous que quelque chose d’important allait arriver. Toute la France est en alerte douce : entre France 2, BFM TV et Instagram, on scrolle aussi vite que notre coeur bat. J’écris à mes amies pour leur dire que je ne tiens plus en place. Je n’ai pas été dans cet état depuis 3 ans, quand j’attendais les résultats de mon permis de conduire. Mon salon vibre au son d'Encore un soir. Et là, ça y est : la big annonce. Pas de note, pas de micro, pas de montée en puissance, juste une info. Céline revient. Et instantanément, nos vies basculent dans une nouvelle temporalité : celle du 9 avril. Pas la date de ses shows, non, il y a plus important avant.
Parce que pour l’instant, il ne s’agit même pas d’acheter une place. Non. Ce serait trop simple. Là, on est encore dans la phase préliminaire: celle où il faut “s’inscrire”. Un mot anodin qui, en réalité, cache déjà une épreuve qui teste notre persévérance. Tu t’inscris pour avoir le droit, peut-être, d’accéder à une étape suivante qui te permettra éventuellement d’envisager une chance d’espérer obtenir un ticket. A côté, Koh Lanta c’est Disneyland.
On te parle de liste d’attente alors que personne n’attend encore vraiment. De prévente alors que rien n’est en vente. De priorité sans savoir priorité de quoi. Et toi, t’es là, à cliquer, cocher, valider, donner ton mail comme si tu t’inscrivais à la loterie du bonheur. Certains disent déjà qu’on a plus de chances de retrouver Dupont de Ligonnès que d’avoir une place. Et le pire, c’est que personne ne rigole vraiment.
Mais j’y crois. Parce que moi, Céline, je l’aime. Et quand on aime, on ne compte pas.
Et si tout ça reposait sur un système un peu plus vrai, qui déciderait enfin qui mérite vraiment d’y être ? Bienvenue dans cet épisode avec en guest star un site de billetterie tout droit sorti de mon imagination qui ferait le taff comme un videur de boîte ultra exigeant. Et croyez-moi, cette fois, il n’y aura pas de suspens : soit tu passes, soit tu dégages.
Donc voilà, moi dans tout ce chaos québécois, j’ai l’esprit qui dégouline comme la Poutine et je me demande si au lieu de nous laisser errer dans des listes d’attente sans âme, le site de billetterie prenait enfin ses responsabilités ? Pas un site froid, non. Un site avec du caractère. Un site qui te regarde droit dans les cookies et qui décide, sans trembler, si tu mérites ou non d’aller peter tes cordes vocales au concert de Céline. J’imagine un espèce de videur élitiste, costume noir, lunette noires, chevelure de rêve, oreillette invisible, légèrement à bout émotionnellement, qui aurait vu passer trop de “fans” approximatifs pour encore faire semblant.
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