1h17 La Newsletter - Épisode 64 : pique nique-douille : c’est nous les andouilles.

Chronique d’un vendredi sur une nappe vichy, où l’on tente de comprendre pourquoi on continue de faire des pique-niques, et comment on est passés des chips écrasées de nos 17 ans au houmous de nos vies d’adulte beaucoup trop bien préparé pour être vraiment spontané. Bienvenue dans mon Déjeuner dans l'herbe, plus Tupperware qu'oeuvre d'art.

1H17
5 min ⋅ 27/03/2026

Ça y est, je suis de retour. Comme Céline Dion : sans prévenir, sans teaser, bon, pas après six ans d’absence non plus, faut pas abuser. Entre-temps, rien de très rock’n’roll : peignoir, mercredi après-midi, thé chaud et un livre de 671 pages acheté sur Le Bon Coin (que je fais semblant d’avancer). Pas overbookée donc. J’ai bien tenté de m’intéresser à l’actualité, le temps d’un dépouillement des municipales, soit environ 2 fois 1 heure, encore plus rapide que le trajet d’Emmanuel Grégoire jusqu’à l’Hôtel de Ville (choix du vélo qui fonctionne compris). Non, j’ai surtout laissé le temps passer, avec beaucoup de talent et très peu d’excuses. Mais me revoilà, fidèle à moi-même : en retard, mais avec un épisode encore une fois né d’un moment réel.

Un dimanche comme un autre, c’est-à-dire une après-midi où avec mes copines, on avait juste décidé de “marcher un peu” après une boisson à l’Aloe vera dans le Marais, une petite balade dans le quartier à s’extasier sur une rue pavée, et un restaurant avec verrière parce que, franchement, “on se croirait à la campagne”. La base, pour des Parisiennes de 37 printemps, quoi ! On longe les quais, le soleil fait son intéressant, la lumière est tellement belle qu’on pardonnerait presque aux gens d’exister en groupe. Et là, partout autour de nous : des pique-niques. Des nappes, des verres à pied, un plateau (oui oui), des gens assis par terre qui ont l’air heureux de manger de la tapenade avec du pain qui a déjà vécu trois vies. On observe. On juge. Enfin surtout moi, évidemment. C’est gratuit et ça ne demande aucune organisation, contrairement à un pique-nique. Une amie lance, “vous aimez, vous, les pique-niques ?” Et là, sans prévenir, je lâche : “Je DÉTESTE.” Pas un petit “bof”, pas un “ça dépend”, non, un rejet franc, pur, sans appel. Le débat est lancé, mais sans langues de bois, contrairement à un entre deux tours : “Moi c’est précisément pour ça que j’adore.” Pardon ? Comment peut-on aimer manger assis en biais, avec une fourmi qui te regarde dans les yeux comme si t’étais son Uber Eats ? Elle me parle de liberté, de simplicité, de pieds nus, de fromage qui sent la vie, pendant que moi je pense humidité du sol, fourmis dans les jambes et dignité perdue à essayer de découper une tomate avec un couteau en plastique dans une assiette en carton. Et là, naturellement, on glisse vers LA comparaison fatale : pique-niquer à 17 ans versus pique-niquer à 35 ans. À 17 ans, c’est l’impro totale, t’as trois chips, une bouteille douteuse, zéro verre, zéro plan, mais 100% d’insouciance. À 35 ans, c’est une opération logistique digne d’un team building : glacière, plaid Pinterest-compatible, et quelqu’un qui a pensé au tire-bouchon (ce héros). Bref, on s’est retrouvées à débattre sérieusement d’un truc qui, à la base, consiste à manger par terre, et c’est là que j’ai compris : le pique-nique, ce n’est pas une activité, c’est une philosophie de vie que je refuse (presque) catégoriquement.

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Les différences entre un pique-nique à l’arrache de teenager et la version de boomer

Commençons par une évidence : à 17 ans, un pique-nique, ce n’est pas une activité. C’est une conséquence. Personne n’a dit “on va pique-niquer”, on s’est juste retrouvés à bouffer dehors parce qu’on a pas les moyens d’aller au restaurant et que c’est cool. À 35 ans, c’est un vrai projet. Rappelons quand même, l’origine du mot « pique-nique » remonte au XVIIᵉ siècle, inspiré du verbe piquer, par allusion aux poules qui picorent des graines, et de nique, qui signifiait en ancien français “une chose sans valeur”. Assemblés, ça veut donc dire : “picorer des petites choses par-ci par-là”. Ah ben pour picorer, c’est sûr qu’on picore, le poulet/pommes de terre grenaille du dimanche est loin, et franchement, est-ce que j’ai la tronche d’une poule ?

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1H17

Par Mélodie P

À propos de l’auteur de 1H17 …

Je m’appelle Mélodie, j’écris parce que parler toute seule dans la rue n’est socialement pas toujours bien vu. Ancienne (et future) multi-casquette, j’aime explorer les recoins bizarres du quotidien, transformer les petites gênes en grandes révélations, et poser des questions auxquelles personne ne veut vraiment répondre. Une heure 17 est mon terrain de jeu préféré : un endroit où je peux rire de tout (surtout de moi), sans avoir besoin de liker, swiper ou faire un reel.

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