Je devais faire une pause. Une vraie. Du genre oĂč tu dĂ©sinstalles tes applis, tu ignores les gens qui te demandent âtu vas chercher un boulot dans quoi maintenant?â, et tu te contentes de bronzer de lâintĂ©rieur.
Mais voilĂ . Jâai croisĂ© un gant de toilette. Rose fuchsia. Avec mon prĂ©nom brodĂ© dessus. En anglais. Oui, My Melody.
Jâai regardĂ© le gant. Le gant mâa regardĂ©e. Et jâai compris : câĂ©tait un appel. Un signe. Un gant divin.
Ă partir de lĂ , comment tu veux dire non Ă lâinspiration quand elle sâexprime en coton Ă©ponge ?
Du coup, jâai replongĂ©. Dans cet Ă©pisode (pas prĂ©vu mais brodĂ© avec amour), je vous raconte ma consĂ©cration internationale dans la rubrique #PetitesVictoires. Parce quâavoir son blase sur un accessoire de salle de bain, câest tout de mĂȘme une forme dâaccomplissement, et non pas dâ assouplissant.
Et comme je ne fais jamais les choses Ă moitiĂ©, jâai aussi Ă©tabli un top trĂšs sĂ©rieux des objets sur lesquels personne ne devrait jamais avoir son prĂ©nom.
#PetitesVictoires : Célébrons ensemble ces petits moments de joie qui font toute la différence au quotidien.
Le gant, la gloire, et moi
Franchement, jâĂ©tais habituĂ©e Ă mieux.
à porter mon prénom avec une certaine classe.
On parle quand mĂȘme de la chaĂźne de tĂ©lĂ© Melody, le vintage qui met Ă l'honneur les annĂ©es 60 Ă 90 avec des variĂ©tĂ©s, des clips, et des programmes inĂ©dits sur vos chanteurs prĂ©fĂ©rĂ©s. En plus, le combo mon nom + CĂ©line câest mieux que NoĂ«l tous les jours.

On parle de la chanteuse Melody, celle nĂ©e en 1977, qui portait le brushing bien avant Melrose Place et qui chantait des choses trĂšs sĂ©rieuses sur des mĂ©lodies (justement) quâon ne peut toujours pas sâenlever de la tĂȘte.

Et Ă©videmment, MĂ©lodie, la fille dâAriel, la petite sirĂšne.
Oui, LA fille dâAriel. Mi-humaine, mi-poisson, 100% fille de star. Bref, jâai une descendance de dessin animĂ© Ă mon nom. Pas tout le monde peut dire ça.

Alors forcément, moi, je vivais avec un certain standing.
Je pensais que mon prénom appartenait à une élite légÚrement pailletée.
Et puis... jâai fait les courses.
Rien de spĂ©cial Ă lâhorizon : du boursin, de la ciboulette, une promo sur le taboulĂ©. Et soudain, juste avant les caisses, entre les salades et le saucisson il Ă©tait lĂ .
Le gant.
Rose fuchsia. Pas du tout moi ça. Avec des oreilles.
Des petits cĆurs.
Et cette inscription, en lettres blanches brodées : My Melody.
Lâunivers venait de mâĂ©crire un poĂšme en Ă©ponge.
Je suis restée figée.
CâĂ©tait Ă la fois ridicule, touchant, fluo, et extrĂȘmement symbolique.
Moi qui rĂȘvais de reconnaissance, dâune carriĂšre Ă lâinternational, je venais dâobtenir le Saint Graal de la gloire discrĂšte mais totale : un gant de toilette Ă mon prĂ©nom, en anglais.
My Melody.
Mon moi, version mi Shakespeare mi Britney Spears.
Shakespears. To be or not to be
Jâai senti mon ego faire un triple salto.
Ăa y est, jâai percĂ©.
Certes, Ă lâInter MarchĂ©, (mais au moins jâai fais mieux que lâInter de Milan.) Et percĂ© quand mĂȘme.
Et mercé.
Il y a des gens qui attendent toute leur vie une validation cosmique.
Moi, je lâai eue, en coton Ă©ponge, en tĂȘte de gondole, mĂȘme si pas a Venise.
Alors oui, câest peut-ĂȘtre pas une rĂ©compense littĂ©raire.
Je nâai pas gagnĂ© le Goncourt avec une serviette.
Personne ne mâa remis un gant dâor sous les applaudissements dâun jury en larmes.
Il nây a pas eu de discours, ni de standing ovation Ă lâAcadĂ©mie française pendant que je brandissais mon gant comme une coupe du monde de lâĂ©lĂ©gance sanitaire.
Mais attendez.
Câest quand mĂȘme un objet de toilette Ă mon prĂ©nom, brodĂ©, rose, et en anglais.
Câest pas une mĂ©daille ? Câest pas une forme de gloire discrĂšte mais puissante ?
Est-ce que ce gant ne dit pas, en silence mais avec conviction : âtu mĂ©rites dâĂȘtre aimĂ©e, exfoliĂ©e, et lĂ©gĂšrement rincĂ©eâ ?
Câest peut-ĂȘtre pas la reconnaissance du milieu, mais câest celle de mon supermarchĂ© de quartier.
Et je prends.
Je prends mĂȘme deux fois. MĂȘme quinze.
Parce quâen 2025, il faut savoir cĂ©lĂ©brer ce qui brille. MĂȘme si câest en Ă©ponge.
...
