La semaine dernière, j’ai eu 38 ans. Et j’ai décidé de fêter ça comme une personne raisonnable: en allant me faire cuire à la vapeur dans un hammam avec 1 gommage en bonus (je vous rassure je me suis aussi enfilée 3 pintes de blanche et soufflé mes bougies sur fond de Patrick Sebastien, je sais encore faire la fiesta, la fiesta). Oui. Parce qu’à ce stade de ma vie, je ne cherche plus à me sentir jeune, je teste juste ma résistance à l’humidité comme un vieux parquet qui gondole. Ça doit être parce que j’adore Venise.
Donc bon, j’aurais pu vous raconter ce jour où je suis devenue une table Ikea à poncer. Vous savez ce moment absolument magistral, où tu te sens comme une otarie qui glisse de son rocher pour monter sur la table luisante, quand il ne te faut pas un marche-pied pour atteindre la hauteur, et que tu remercies Dieu d’avoir créé la porte, cette invention qui permet aux autres personnes de ne pas voir le spectacle comique. Ah oui vraiment, j’aurai vraiment pu vous raconter avec tout l’humour qui fait le succès de cette newsletter, ce moment où tu es allongée, vulnérable, et où une inconnue décide de ton destin cutané avec la précision d’un artisan sculpteur. Tu ne sais jamais où regarder pendant qu’elle te frotte l’aisselle, alors tu fixes le plafond comme si tu attendais un signe divin ou une sortie de secours. Et quand elle te demande de te retourner, tu pries pour ne pas te transformer en Zip le pingouin (il faut connaitre la blague sinon ça marche pas). J’aurai vraiment pu vous confier à quel point je suis ressortie exfoliée comme une pomme de terre dauphinoise en fin de cuisson et que malgré tout je me sentais bien. Bref, j’aurais pu vous parler de tout ça, on se serait bien marré, honnêtement. Mais non. Parce qu’en sortant de là, avec ma BFF, on est allées déjeuner. On étaient affamées comme des ogres, non pas par l’effort, car je ne crois en avoir fait aucun, mais, passer 3 heures à parler fêta, salade et coca zéro en se badigeonnant de savoir noir, ça creuse. On a fait 20 mètres, on ne pouvait pas faire plus, on s’est posées. À l’ombre. Lentement, évidemment. Et entre deux gorgées, on s’est entendues dire cette phrase fatidique : “quand il fait chaud comme ça, je préfère faire les courses à la fraîche.” À la fraîche. WOW. Coup de bambou. Cette expression qui sonne comme une promesse innocente, mais qui trahit en réalité notre transformation progressive en personnes qui possèdent des opinions sur les horaires des supermarchés.
Et là, révélation : est-ce qu’on peut officiellement dire qu’on devient vieux quand on commence à organiser sa vie autour de la météo ? C’est exactement de ça que j’ai envie de parler aujourd’hui: ces petits glissements du quotidien, ces phrases anodines qu’on prononce sans y penser, et qui révèlent qu’on est peut-être en train de basculer doucement du côté des gens qui disent “un vent à décorner les boeufs.”
Posts en brouillon : des réflexions en pause, prêtes à être publiées...ou à rester dans l’ombre
Aujourd’hui, j’ouvre un dossier très sensible, presque tabou pour ceux qui ne veulent pas admettre qu’on prend de l’âge, celui des minuscules glissements de langage et de comportements qui te font passer, sans badge ni cérémonie, dans une catégorie de vie légèrement différente de celle que tu pensais occuper. Parce qu’un jour tu te réveilles et tu réalises que tu as commencé à dire des phrases que tu jurais, il y a encore quelques années, ne jamais prononcer sans ironie. Et c’est là que ça devient intéressant.
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