Dimanche soir, théâtre parisien, velours rouge un peu trop sérieux pour des gens qui, comme moi viennent vêtus d’une marinière. Je suis là avec mes copines, toujours les mêmes que pour l’épisode des pique-niques et celui de la quête du plan B pour les places de Céline, autant dire qu’elles sont devenues malgré elles mes co-auteures officieuses de cette newsletter, mes muses de la drôlerie, aprés la star academy, mes expertes en laboratoires sociaux vivants. Cette fois, on a troqué le thé à l’aloé vera contre une comédie musicale, comme si on avait franchi un cap dans notre maturité culturelle ou une fascination pour les gens qui chantent leurs dialogues, difficile à dire. On arrive, très fières aux Folies Bergère, comme si on était entourées de gens importants (pour moi important : Dals, the Voice ou Demain Nous Appartient), et là elles arrivent. Les ouvreuses. Rapides, efficaces, presque chorégraphiées, elles traversent les rangées avec une énergie de gens qui savent exactement où ils vont dans la vie. Et puis cette phrase, posée sans décor, sans musique, presque trop simple pour être honnête : “nous sommes rémunérées au pourboire, si vous souhaitez participer…” Aïe. Moment de flottement collectif. Je vois immédiatement la salle se transformer en grande machine à mauvaise foi collective, un peu comme quand tu demandes à ton mec si tu as grossi et qu’il n’ose pas te dire que oui, faut diminuer les chips. Les regards qui fuient, les mains qui cherchent soudain quelque chose d’essentiel dans les poches, les sacs refermés trop vite comme des secrets mal assumés. Certains deviennent soudain très intéressés par le programme du spectacle. D’autres disent non avec une efficacité chirurgicale, presque agressive. Et puis ceux qui esquivent, technique très française du déni social élégant. Moi, évidemment, je panique intérieurement. Je fais partie de ceux qui n’oseraient jamais réclamer quoi que ce soit dans cette vie, même pas un stylo qu’on m’a pourtant donné. Et là je sors une pièce de 2 euros. Je la regarde. Elle me regarde. Et surtout, elle a un arbre gravé dessus, magnifique, presque trop beau pour être donné. Pendant une demi-seconde je me demande si la beauté de cet arbre ne devrait pas primer sur l’éthique du pourboire. Puis je la donne. Acte de civilisation ou renoncement esthétique, encore une fois difficile à dire. Et c’est exactement à ce moment-là, assise dans mon fauteuil en velours rouge, que je me dis que tout ça mérite mieux qu’un simple jugement intérieur. Et c’est comme ça que m’est venu le trend de la semaine, ma recommandation pas sérieuse du tout : un test de personnalité très simple : dis-moi comment tu réagis à l’ouvreuse et je te dirai exactement qui tu es.
...
