La semaine dernière, entre un verre de vin orange pétillant et des piments jalapeño, finalement pas si forts, sinon j’aurais eu les Machucambos en concert dans la gorge, avec des amies, on a parlé télévision. Parce qu’apparemment, les discussions sur les virus, les masques et les éventuels confinements, c’est devenu tellement 2020. Alors on est revenus aux vraies valeurs françaises: la téloche et ses inconnus qui règlent leurs problèmes familiaux devant un public qui mange du pop corn.
Évidemment, après ce grand débrief sociologique en terrasse, je me suis fait une réflexion: à notre époque, des gens appellent vraiment des personnes qui, un jour, se sont réunies autour d’une table pour valider le concept de Loft Story, dans le but de gérer la vie de leurs proches. Pas la police. Pas un thérapeute. Pas un coach trouvé sur Le Bon Coin. Non. Direct la télé. Plateau, projecteurs, générique dramatique et Jean-Luc Delarue qui regarde la caméra comme s’il allait annoncer la chute de l’euro parce que Didier laisse traîner ses chaussettes dans le salon. Et puis merde de quoi on se mêle bordel. Il faut quand même mesurer ce qu’on a traversé culturellement. On est passés de Jacques Pradel dans Perdu de vue : “Bonsoir, j’aimerais retrouver mon ami d’enfance disparu depuis trente ans, il était comme mon frère” à “Bonjour, mon mari met trop de paprika dans les pâtes et j’aimerais que la France entière le sache.” Et le pire, c’est la motivation administrative derrière tout ça. Parce qu’avant même d’être humilié en direct, quelqu’un a dû remplir un dossier de candidature. Écrire noir sur blanc : “Bonjour, je souhaite participer à votre émission car mon conjoint parle trop fort au Buffalo Grill.” Puis attendre une réponse de production. Être rappelé. Fournir des photos. Peut-être même une disponibilité pour le maquillage. À quel moment de notre évolution a-t-on décidé que “dire quelque chose à quelqu’un” nécessitait une équipe technique, 12 caméras et un micro-cravate? Je crois qu’on a créé une société où certains transforment des détails minuscules en affaires d’État. Certaines personnes ne vivent pas des conflits, elles pitchent des concepts à Alexia Laroche-Joubert ouech.
Et en y réfléchissant, on connaît tous quelqu’un qui est une émission à lui tout seul. Celui qui transforme chaque dîner en “Ça se discute”. Celle qui pose des questions comme une enquêtrice de “Faites entrer l’accusé”. Ou ce couple qui vit littéralement dans “Confessions Intimes” sans même avoir signé les droits à l’image.
Allons décortiquer tout ça, qu’on se fende un peu la poire.
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