Mardi soir, je n’avais pas cours de danse donc j’ai pu vivre une autre soirée que d’habitude version “on est des adultes qui planifient des dîners” ce qui, dans mon cas, relève déjà d’un certain niveau de fiction. Quelques jours plus tôt, avec mes amies (oui, d’autres que le pique nique, plan b de Céline et soirée théâtre, je confirme officiellement que le casting s’élargit. Fini le running gag.) On s’était dit qu’on devrait se voir, vraiment se voir, pas juste envoyer des vocaux de 2 minutes 37 en disant “on se voit bientôt”. On choisit un resto. Enfin, « on choisit » on est influencées par notre feed Insta avec un resto qui, manifestement, ne nous a pas choisies. Complet. Blindé. Indisponible. Le genre d’endroit où tu dois anticiper ton envie de pâtes 15 jours avant, comme si c’était un rendez-vous chez l’orthodontiste. On était prêtes à abandonner dignement et choisir un endroit style de notre liste de 27 restaurants à tester, quand une amie lâche, presque nonchalamment : Une relation. Pas un contact. Pas une connaissance. Une relation. Le genre de mot qui donne immédiatement envie de sortir le costume trois pièces. Et puis quelques jours plus tard, notification : “C’est bon pour mardi soir, 19h.” Et là, sans qu’on ait rien fait d’autre qu’exister dans le bon groupe WhatsApp, un truc se met en place. On n’a encore rien vécu, mais intérieurement, on a déjà changé de catégorie. Petit détail qui a toute son importance : j’étais venue dans ce même resto le samedi d’avant. Réservation faite 15 jours à l’avance, organisation quasi militaire, à minuit pile, tenue choisie avec une demi-heure d’avance, et sachant déjà ce que je mangerai. C’était très bien, vraiment. Mais très classique. Et mardi arrive. Même restaurant. Même moi. Mais pas le même scénario. On entre et tout devient potentiellement significatif. Dès l’instant où on a l’impression, même infime, d’avoir un petit accès privilégié, notre cerveau enclenche un mode très particulier : il ne perçoit plus, il interprète. Tout devient un indice. Tout devient une preuve. On ne vit plus le dîner, on savoure différemment. Et forcément, à un moment donné, il se passe un truc. Un détail. Un geste. Une attention. Minuscule, mais suffisante pour faire décoller mon imagination à vitesse lumière. Parce qu’en réalité, qu’est ce c’est kiffant de croire qu’on est la personne qu’on pense être, comme dirait les jeunes. Bienvenue dans Le Not Fake News, mon récit improbable mais vrai qui rendent la vie ordinaire absolument fascinante : mon dîner où, on a cru être privilégiées.
Not Fake News — plongez dans mes récits improbables qui rendent la vie ordinaire absolument fascinante
Je retourne donc dans ce même restaurant, même décor, même lumière flatteuse qui te fait croire que tu es reposée alors que tu es émotionnellement tenue par du café, même ambiance feutrée où tout le monde parle doucement comme si on faisait un cours de yoga dans une bibliothèque avec la dame du CDI. Sur le papier : rien n’a changé. Sauf un détail. Un tout petit détail. Cette fois, la réservation n’a pas été faite par moi, humble mortelle organisée 15 jours à l’avance. Non. Cette fois, la réservation a été faite par la RP du restaurant. Oui on a les amies qu’on mérite. Et ça, c’est le genre d’information qui ne fait aucun bruit mais qui change absolument tout dans ta tête.
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